Producteur en Haute-Loire, Éric Richard reprend un Criel bloqué depuis le retrait de la FNIL

Producteur en Haute-Loire, Éric Richard reprend un Criel bloqué depuis le retrait

Le retrait de l’accord des industriels sur la valorisation de la matière utile du lait a bloqué un travail que les trois collèges avaient d’abord validé. Au centre du désaccord, il y a la façon de partager la valeur des matières grasses et protéiques entre ceux qui produisent, transforment et commercialisent.

Éric Richard, producteur de lait en Haute-Loire, assure la présidence par intérim après la démission de Florent Kaplon. Son objectif est clair : remettre l’économie au centre des échanges et sortir l’interprofession de l’impasse.

Un accord retiré, puis un dialogue arrêté

Le travail sur la matière utile avait reçu l’accord initial des trois collèges. Puis le collège des industriels, la FNIL, a retiré son accord, ce que les producteurs ont vécu comme une rupture du travail collectif.

Ce désaccord ne porte pas sur une formule abstraite. Il touche ce qui donne une part de sa valeur au lait : sa matière grasse et ses protéines, celles que vous retrouvez ensuite dans les produits transformés.

Les médiations engagées n’ont pas permis de dénouer la situation. Quand la discussion s’arrête à ce stade, chacun risque de défendre son propre maillon au lieu de regarder ce que la filière peut construire ensemble.

La matière utile, là où se joue le prix du lait

La matière utile désigne les matières grasses et protéiques contenues dans le lait. Ce sont elles qui servent à fabriquer et à valoriser une grande partie des produits laitiers, avec des débouchés très différents selon les transformations.

Pour un producteur, cette discussion dépasse la seule ligne de paie. Vous produisez une matière première dont la richesse varie, mais la valeur créée plus loin doit aussi revenir dans le débat collectif.

Le partage de la valeur ne se règle pas en opposant les métiers. Il demande de regarder qui supporte le travail, qui transforme, qui vend et qui profite des marchés les mieux rémunérés.

Le petit-lait n’est plus un simple reste de fabrication

La protéine sérique provient du petit-lait. Longtemps relégué derrière le fromage, ce coproduit prend du poids quand les protéines se vendent mieux et trouvent de nouveaux usages.

Depuis 2021, la valeur de ce marché a fortement progressé. Cette hausse rend le débat plus sensible : vous ne parlez plus seulement du lait livré, mais aussi de ce qui peut être extrait et valorisé après sa transformation.

L’Allemagne produirait cinq fois plus de concentrés de protéines de petit-lait à 80 %. Cette comparaison reste prudente, mais elle montre le retard que la filière française cherche à comprendre sur cette famille de produits.

La France vend dehors, mais achète presque autant

La France a longtemps exporté une part importante de son lait, en particulier par les fromages. Elle importe maintenant presque autant en valeur, ce qui oblige la filière à regarder de près les produits qu’elle sait, ou non, mieux valoriser.

Le sujet n’est pas de faire croire que chaque litre doit suivre le même chemin. Vous n’attendez pas la même chose d’un lait destiné à un fromage d’appellation, d’un produit courant ou d’une protéine issue du petit-lait.

Les appellations rappellent d’ailleurs que la valeur peut aussi venir d’un lien précis avec un territoire et un cahier des charges. L’INAO liste le Bleu d’Auvergne et le Cantal ou Fourme de Cantal parmi les AOP et AOC, tandis que le Salers relève aussi de l’AOP.

Maintenir une table commune entre les métiers

Après avoir présidé le collège producteurs, le président par intérim veut conserver le Criel comme lieu de dialogue entre producteurs, coopératives et industriels. Vous pouvez y voir une condition de travail minimale : sans table commune, chacun avance avec ses propres chiffres et ses propres intérêts.

Sa feuille de route doit porter sur la création de valeur et sa répartition entre les différents maillons. L’idée est de parler de l’économie de la filière avant que les désaccords ne deviennent des positions figées.

Il souhaite aussi écarter de ce travail les entreprises qui refusent de contribuer à la démarche collective. Cette ligne est ferme, mais elle répond au retrait d’un accord déjà engagé : un cadre commun ne tient pas si l’un des participants le quitte dès que le partage devient concret.

La filière laitière ne peut pas laisser la valeur se perdre

Le débat dépasse une querelle entre collèges. Il concerne la capacité à mieux utiliser le lait, le petit-lait et les protéines, puis à répartir ce que ces marchés rapportent.

Pour vous qui achetez un fromage ou un produit laitier, le sujet paraît lointain. Pourtant, derrière chaque valeur ajoutée se trouvent un troupeau, une collecte, une coopérative, une usine et une assiette : le dialogue doit aller jusqu’au bout de cette chaîne.