En 2028, le Salers AOP pourrait tourner une page de son cahier des charges

En 2028, le Salers AOP pourrait tourner une page de son cahier

969 tonnes, soit 8 % de moins en un an: la filière entre dans une zone où chaque ligne du cahier des charges compte davantage. Quand 400 fromages disparaissent encore sur les douze derniers mois, la question n’est plus théorique. Elle devient très concrète pour les producteurs, les affineurs et, au bout de la chaîne, pour vous.

Vous cherchez un fromage lisible, assumé, reconnaissable.

Le projet présenté à l’assemblée générale du 27 mars, au col de Légal, ne promet pas un grand soir. Il dessine plutôt une bascule lente, avec une validation espérée vers 2028-2029. Je préfère le dire sans détour: dans une appellation qui voit ses ventes s’éroder depuis 2022, attendre n’a rien d’un détail administratif.

Depuis 2022, l’érosion n’a plus l’air d’un simple trou d’air

Les ventes reculent depuis 2022. Entre 2022 et 2023, environ 3 000 fromages de moins ont été vendus. Puis la baisse a continué, avec 400 fromages de moins sur les douze derniers mois.

Pour vous, cela raconte une pente, pas un accident isolé.

La production, elle, est descendue à 969 tonnes. Ce recul de 8 % en un an oblige à regarder les règles de plus près. Une appellation ne tient pas seulement à son nom.

Elle tient à ce qu’elle autorise et à ce qu’elle refuse. Sur ce point, la filière a raison de remettre l’ouvrage sur la table: laisser filer sans corriger serait une faute.

Au col de Légal, cinq ans de travail ont pris une forme plus nette

En 2028, le Salers AOP pourrait tourner une page de son cahier

Le projet de nouveau cahier des charges a été présenté lors de l’assemblée générale du 27 mars, tenue au col de Légal. Ce texte n’est pas sorti d’une réunion improvisée: le travail engagé par le Cif représente environ cinq ans. Vous voyez tout de suite ce que cela dit du dossier.

On n’est pas face à un ajustement fait à la va-vite.

Une quatrième version a déjà été transmise à l’Inao. La validation est espérée vers 2028-2029, ce qui laisse encore du temps au cadre actuel. À mes yeux, c’est le point le plus rude du moment: la filière a avancé sur le papier.

Mais elle doit continuer à vivre avec le décret de 2006 tant que la suite n’est pas validée.

Que reste-t-il en vigueur d’ici 2028-2029 ?

D’ici là, c’est bien le décret de 2006 qui continue de s’appliquer. Autrement dit, la révision se prépare dans la durée, mais les producteurs travaillent encore sous les règles déjà connues. Pour vous, cela évite les faux discours sur une révolution immédiate: la page ne se tourne pas encore.

Elle se prépare.

Cette période intermédiaire a un avantage. Elle permet de lire le projet non comme une rupture de façade, mais comme une tentative de régler plus finement la production et la régulation de la filière. En revanche, elle a aussi son défaut: quand les ventes reculent, le temps administratif paraît toujours un peu trop long.

Herbe pâturée, foin majoritaire: la ligne d’élevage reste serrée

La ration de base reste claire: herbe pâturée de la mise à l’herbe au 15 novembre, puis foin. Ce foin doit représenter plus de 80 % de matière sèche, sans additifs et stocké sans film plastique. Pour vous qui regardez l’appellation d’un peu près, ce n’est pas un habillage.

C’est une manière de verrouiller le lien entre alimentation et identité du produit.

Le texte cité admet des extraits naturels de plantes et des huiles essentielles parmi les compléments autorisés. En revanche, les graines de lin et le soja restent exclus. Cette frontière est cohérente, et il vaut mieux qu’elle reste lisible.

Une appellation qui multiplie les flous finit toujours par perdre en force dans l’esprit du public.

Ce choix alimentaire mérite qu’on s’y arrête, car il dit aussi ce que la filière veut défendre à moyen terme. Vous pouvez y voir une discipline parfois lourde à tenir, mais c’est aussi ce qui distingue un cadre d’appellation d’un simple argument commercial. Là-dessus, je tranche volontiers: assouplir pour faire joli sur le papier serait un mauvais calcul.

Robot interdit, monotraite admise: le futur ne passera pas par n’importe quelle modernisation

L’interdiction de la traite robotisée est confirmée. À l’inverse, la monotraite est acceptée, avec un plafond de 7 500 litres de lait par vache et par an. Vous tenez là un choix très net: la filière accepte une marge d’organisation.

Mais elle ferme la porte à une automatisation jugée trop éloignée de son modèle.

Ce point compte parce qu’il évite la confusion. Tout changement technique n’a pas la même portée, et mettre dans le même sac la monotraite et le robot serait une erreur de lecture. L’appellation cherche visiblement à garder une main sur son rythme de production.

C’est sévère, peut-être, mais bien plus cohérent qu’une ouverture générale dont personne ne maîtriserait les effets.

Combien d’acteurs portent encore cette ligne ?

La filière recense 75 producteurs, dont 47 affineurs. Sur la dernière campagne, 69 producteurs ont livré du fromage. Pour vous, ce décalage entre les acteurs recensés et ceux qui ont effectivement livré rappelle une chose simple: derrière les textes, il y a aussi une réalité de terrain.

Elle a ses écarts et ses tensions.

Ce n’est pas une foule immense. C’est même une raison de plus pour ne pas écrire les règles à la légère. Quand une production repose sur un nombre limité d’acteurs et que les ventes s’effritent depuis 2022, chaque arbitrage sur l’alimentation, la traite ou la régulation pèse plus lourd qu’il n’y paraît.

La suite ne se jouera pas sur un slogan. D’ici 2028-2029, le cadre de 2006 tient encore, mais la direction est déjà posée: garder une alimentation stricte, refuser le robot, encadrer la monotraite. Pour vous, cela donne au moins une boussole claire.

Et dans une filière qui a perdu du volume, la clarté vaut déjà beaucoup.