Catégorie : Charcuterie

  • Charcuterie auvergnate traditionnelle : jambon, saucisson sec, friand, ce qu’il faut savoir

    La charcuterie auvergnate ne se résume pas au saucisson de gare. C’est d’ailleurs ce qu’on me demande le plus souvent quand un client passe à la cave : « Et un bon saucisson, vous en avez ? » Oui. Mais il faut s’entendre sur ce qu’est un bon saucisson.

    L’Auvergne est terre d’élevage porcin depuis le Moyen Âge. Climat froid, altitude, hygrométrie stable des caves de basalte ou de granite : tout est réuni pour des salaisons longues. Les charcutiers d’ici sèchent encore lentement, sans accélérateur. C’est ce que je vais vous expliquer.

    Les cinq spécialités à connaître

    Cinq produits méritent qu’on s’y arrête.

    1. Jambon sec d’Auvergne (IGP depuis 2024)
    2. Saucisson sec d’Auvergne (IGP depuis 2024)
    3. Friand auvergnat
    4. Tripoux
    5. Lentille saucisson (plat plus que produit, mais incontournable)

    Jambon sec d’Auvergne IGP : ce que change la reconnaissance 2024

    L’IGP Jambon sec d’Auvergne a été homologuée par règlement d’exécution UE en 2024. Avant cette date, n’importe quel jambon sec produit en Auvergne pouvait revendiquer l’origine. Plus aujourd’hui.

    Le cahier des charges impose :

    • Porcs nés et élevés dans une zone définie (massif central élargi).
    • Salage au sel sec uniquement.
    • Séchage minimum 9 mois (16 mois pour la mention « affinage long »).
    • Caves naturelles ou ventilées dans la zone IGP.

    Concrètement, comment on le reconnaît ? L’étiquette doit porter le logo IGP européen et la mention « Jambon sec d’Auvergne IGP ». Le jambon présente une coupe rouge profond, un gras blanc à blanc-rosé (jamais jaune), une couenne sèche mais souple. À la dégustation, salinité franche mais pas agressive, longueur en bouche, légères notes de noisette sur les pièces de plus d’un an.

    Conseil pratique : ne le tranchez pas trop fin. Une tranche de 1,5 mm coupée au couteau garde toute sa mâche. Une tranche de 0,5 mm sortie d’une trancheuse électrique perd sa structure et s’oxyde en quelques minutes.

    Saucisson sec d’Auvergne IGP

    Même IGP, même zone. Le saucisson sec d’Auvergne est l’un des plus reconnaissables de France par son aspect : il a souvent une fleur (couche de moisissures blanches, Penicillium nalgiovense) bien marquée, et un boyau naturel plissé qui témoigne d’un séchage lent.

    Les bons charcutiers d’ici travaillent en pur porc, sans viande de bœuf, avec un hachage moyen ou gros (4 à 8 mm), du poivre noir concassé et du sel sec. Pas de dextrose en quantité industrielle, pas d’accélérateur de séchage. Compter 6 à 10 semaines de séchage minimum pour un calibre standard de 350-400 grammes.

    Trois indices à vérifier sur étalage :

    1. La fleur : présente, blanche, parfois grisâtre. Une absence totale = saucisson lavé ou industriel.
    2. Le poids : un saucisson IGP perd environ 30 % de son poids initial au séchage. S’il est trop souple, il a été sorti trop tôt.
    3. La coupe : grain visible, gras bien réparti, pas de bulle d’air. Une bulle = défaut de séchage.

    À côté du saucisson sec classique, vous trouverez en Auvergne le rosette (plus gros calibre, séché plus longtemps), la fuseau (forme allongée, pour la coupe en biais), et le saucisson au Cantal ou au Saint-Nectaire (avec des cubes de fromage incorporés). Ce dernier est une spécialité moderne, pas traditionnelle, mais bien faite chez certains charcutiers.

    Friand auvergnat : la spécialité oubliée

    Le friand n’est pas exactement une charcuterie, c’est un chausson de pâte feuilletée garni de chair à saucisse au Cantal. Plat de petit déjeuner ou de casse-croûte d’ouvrier, il a quasiment disparu des cartes touristiques mais survit dans les boulangeries-charcuteries du Cantal et du Puy-de-Dôme.

    Les bons friands se reconnaissent à leur dorure régulière, leur garniture compacte (pas trop grasse, pas trop sèche), et un Cantal jeune qui fond sans baigner la pâte. C’est typiquement le produit qu’on emporte le matin avant une rando sur le Plomb du Cantal.

    Tripoux : le vrai sujet de discorde

    Tripoux d’Aurillac, tripoux de Saint-Flour, tripoux de Naucelle (Aveyron limitrophe) : la guerre est ouverte sur la « vraie » recette. Je donne ma version.

    Les tripoux sont des paupiettes de panse de mouton, garnies de pied de mouton, lard, ail, ail des ours en saison, persil, épices, le tout cousu et mijoté très lentement (8 à 12 heures) dans un fond de vin blanc et bouillon. Quand c’est bien fait, ça fond en bouche, ça ne « caoutchoute » pas.

    Indices d’authenticité :

    • Forme : ronde ou rectangulaire, environ 100-120 g pièce. Si c’est trop petit, c’est de l’industriel.
    • Couleur : brun-rouge, jamais grisâtre.
    • Liaison : fond de cuisson légèrement gélatineux à froid (signe que les pieds ont libéré leur collagène).
    • Servis traditionnellement le dimanche matin avec un verre de vin rouge des Côtes d’Auvergne. C’est local, ça étonne les visiteurs.

    Tripoux ou tripous ? Les deux orthographes coexistent. À Aurillac on écrit tripoux, en Aveyron tripous. Le contenu est légèrement différent : les tripous aveyronnais incluent souvent du veau, les tripoux cantaliens restent purement ovins.

    Lentille saucisson : le plat dominical

    Pas un produit, mais une institution. La lentille verte du Puy AOP cuite avec un saucisson de Morteau ou un saucisson à cuire d’Auvergne, lard fumé, oignon, ail, bouquet garni. Cuisson 45 minutes à 1 heure. C’est le plat de famille auvergnat par excellence.

    À noter : la lentille verte du Puy est elle-même AOP (depuis 1996). Elle pousse sur les sols volcaniques de la Haute-Loire et a un goût plus marqué, plus terreux, que les lentilles de Champagne ou du Berry. C’est ce qui fait la différence avec la même recette faite avec des lentilles industrielles.

    Où acheter de la vraie charcuterie auvergnate

    Quatre adresses-types à privilégier :

    1. Marché d’Aurillac, samedi matin (place du Square). Charcutiers fermiers du Cantal présents toute l’année.
    2. Marché de Saint-Flour (Cantal), samedi matin. Spécialiste tripoux et jambon sec.
    3. Marché du Puy-en-Velay, samedi matin. Lentille verte du Puy + saucissons à cuire.
    4. Salaisons d’Auvergne, plusieurs maisons familiales référencées sur le site de l’association IGP. Vente directe possible chez certains.

    Pour le jambon entier, je recommande l’achat à la pièce auprès d’un séchoir IGP et le passage par un trancheur professionnel à la coupe. À la maison, conservation au frais, dans un linge sec, jamais sous film.

    Conservation : ce qui marche, ce qui ne marche pas

    • Saucisson sec : suspendre dans un endroit frais (12 à 16°C) et sec. Au frigo, il durcit et perd son goût. Sous-vide industriel, il transpire.
    • Jambon sec entier : torchon sec, cellier ou pièce fraîche. La pièce entamée se garde 4 à 6 semaines si on coupe régulièrement.
    • Tripoux cuits : 4 jours au frigo, ou congélation immédiate (texture préservée). Réchauffer doucement, jamais au micro-ondes vif.
    • Friand : 24 à 48 heures à température ambiante, ou réchauffer 5 minutes au four à 180°C pour rendre la pâte croustillante.

    FAQ

    Le jambon d’Auvergne est-il une AOP ou une IGP ?

    Le jambon sec d’Auvergne est une IGP (Indication Géographique Protégée), homologuée par règlement d’exécution UE en 2024. L’IGP impose un cahier des charges sur l’origine des porcs, le mode de salage et la durée d’affinage minimum (9 mois, 16 mois pour la mention « affinage long »).

    Quelle est la différence entre tripoux et tripous ?

    Les tripoux (orthographe cantalienne) sont des paupiettes de panse de mouton garnies de pied de mouton, lard et aromates, mijotées 8 à 12 heures. Les tripous (orthographe aveyronnaise) incluent souvent du veau dans la garniture et utilisent parfois de la panse de bœuf. La frontière entre les deux est géographique et orthographique, le principe culinaire reste le même.

    Comment reconnaître un vrai saucisson sec d’Auvergne ?

    Trois indices : une fleur blanche (Penicillium nalgiovense) bien présente, un poids ayant diminué d’environ 30 % par rapport à la fabrication, et une coupe au grain visible avec gras bien réparti et pas de bulle d’air. Le label IGP « Saucisson sec d’Auvergne » est la garantie la plus fiable depuis 2024.

    Le friand auvergnat se conserve combien de temps ?

    24 à 48 heures à température ambiante, dans un linge propre. Pour le réchauffer, comptez 5 minutes au four à 180°C : la pâte feuilletée retrouve son croustillant et la chair à saucisse au Cantal se réchauffe sans dessécher. Évitez le micro-ondes qui ramollit la pâte.

    Quels accords vins avec la charcuterie d’Auvergne ?

    Les Côtes d’Auvergne rouges (gamay, principalement Boudes ou Chanturgue) sont l’accord régional naturel : ils ont la fraîcheur et le tanin léger pour accompagner jambon sec, saucisson et tripoux. Pour le friand, un Saint-Pourçain blanc fonctionne très bien. Pour la lentille saucisson, un Côtes d’Auvergne rouge plus structuré ou un vin du Forez.

    Où acheter du jambon sec d’Auvergne IGP ?

    Les marchés d’Aurillac (samedi), Saint-Flour (samedi) et Le Puy-en-Velay (samedi) regroupent des charcutiers fermiers et des séchoirs IGP. L’association Salaisons d’Auvergne IGP référence sur son site les producteurs habilités. Privilégiez l’achat à la pièce ou à la coupe sur trancheuse professionnelle plutôt que les barquettes pré-emballées.