Saint-Nectaire, dans le Puy-de-Dôme, se prépare à vivre trois jours où le fromage AOP fait la loi et le bourg entier fait la fête. « Saint-Nectaire Terroirs en fête » et « La Grande Fête de Saint-Nectaire » se succèdent ou se superposent selon les années. Le contrat reste le même : une explosion de terroir qui ne se résume à aucun marché du dimanche.
Le marché des « Sites remarquables du goût » : quand le fromage devient scène
Le cœur de l’événement, c’est ce marché des « Sites remarquables du goût » intégré à « Saint-Nectaire Terroirs en fête ». Trois jours de suite, les producteurs dressent leurs stands de fromages, de vins, de produits du terroir. On ne déguste pas en touriste pressé.
On circule, on compare les croûtes fleuries, on discute affinage avec celui qui l’a fait. Le format est grand public, familial, et l’entrée est généralement gratuite. Cela change tout.
Car un marché payant trie ses visiteurs. Un marché gratuit les mélange : les locaux qui reviennent depuis vingt ans, les touristes de passage, les familles qui traînent les enfants d’étal en étal. C’est là que le Saint-Nectaire reprend son sens de patrimoine vivant.
Il n’est pas un produit de luxe enfermé dans du cellophane.
La petite restauration et les dégustations sur place achèvent de transformer le visiteur en convive. On mange debout, on repasse pour un second morceau, on oublie l’heure. C’est le geste paysan modernisé sans être dénaturé.
Au-delà du fromage : artisanat, spectacles, et ce bal paysan qui surprend
On pourrait croire que trois jours de fromage finissent par lasser. L’organisation l’a bien compris. Les animations éclatent dans toutes les directions : spectacles de rue, concerts, activités pour enfants, brocante.
Parfois un salon bien-être ou des sketchs autour de la gastronomie viennent tordre le sérieux du terroir en rire.
L’ambiance auvergnate se déploie sans retenue. Groupes folkloriques, orgue de barbarie, bal paysan, concerts le soir : le programme ne fait pas dans la demi-teinte. J’avoue que l’orgue de barbarie m’a longtemps semblé un gadget de foire.
Il faut l’entendre ici, entre deux dégustations de Saint-Nectaire fermier, pour comprendre qu’il tient une fonction. Il rythme la promenade, il marque le temps paysan, il distingue cette fête d’un salon de l’agriculture standardisé.
Le marché artisanal cohabite avec le marché de producteurs. Là où ça coince, c’est quand l’artisanat dérive vers la pacotille importée. Mais le format de Saint-Nectaire, ancré dans l’AOP et le terroir local, semble mieux filtrer que d’autres.
Les stands de fromages et de vins tiennent le centre, l’artisanat gravit autour. C’est un choix d’urbanisme festif qui mérite d’être remarqué.
Pourquoi ce week-end de Pentecôte, et pourquoi il compte
L’événement a lieu souvent sur le week-end de Pentecôte ou début juin. Ce n’est pas une date prise au hasard. Le fromage est à l’honneur parce qu’il est à son sommet.
Vous l’avez peut-être remarqué : de plus en plus de villes tentent de créer « leur » fête du terroir ex nihilo. Saint-Nectaire a une différence. Le bourg porte le nom du fromage, ou l’inverse, peu importe, c’est la même racine.
La fête ne s’importe pas, elle jaillit du terroir volcanique et herbagère des Monts-Dore, non granitique (Wikipedia Saint-Nectaire). C’est ce qui attire à la fois touristes et locaux. Les seconds ne se sentent pas expropriés de leur propre fête.
La gratuité, la durée de trois jours, la diversité des animations : tout cela construit un rendez-vous de début de saison qui annonce l’été. Pas un simple marché hebdomadaire, mais un gros week-end d’animation où le Saint-Nectaire est le prétexte et la substance.
Quel Saint-Nectaire déguster sur place : fermier ou laitier ?
Sur les stands, vous devrez choisir. Le Saint-Nectaire fermier, au lait cru de troupeau, est affiné dans les caves du terroir volcanique et herbagère des Monts-Dore, non granitique (Wikipedia Saint-Nectaire). Le laitier, collecté en coopérative, est plus tendre, plus régulier, moins cher.
Mon conseil tranché : prenez les deux. Goûtez-les à quelques heures d’intervalle, laissez le fermier s’affirmer, puis revenez au laitier pour comprendre ce que la standardisation gagne et perd. C’est le seul exercice qui vaille sur place.
Le reste, les vins proposés, les confitures, les saucissons, accompagne, mais ne remplace pas ce duel.
À mettre au panier
• Le Saint-Nectaire fermier pour le goût de terroir, le laitier pour la régularité
• Les vins des Côtes d’Auvergne proposés sur les stands de producteurs
• Les lentilles vertes du Puy AOP si un producteur du Velay est présent, c’est le même terroir volcanique, le même grain fin
• Un créneau de trois jours, pas une escapade d’une heure : le bourg mérite qu’on s’y attarde
Le mot du buron
Le Saint-Nectaire, c’est un fromage de cave. L’hygrométrie de + de 90% dans les caves d’affinage du Saint-Nectaire (AOP), la température constante de 8°C et 12°C exigée pour l’affinage du fromage Saint-Nectaire en cave (AOP) : tout cela fait le goût. Sur les stands de la fête, demandez où l’fromage a été affiné.
Les vrais producteurs le savent, le disent, le défendent. L’affinage n’est pas une étape technique, c’est le lieu qui parle.
La pincée de pays : « Terroirs en fête » contre « Grande Fête »
Deux noms circulent. « Saint-Nectaire Terroirs en fête », avec son marché des « Sites remarquables du goût ». « La Grande Fête de Saint-Nectaire », avec son marché artisanal, ses producteurs, ses spectacles, ses concerts, sa brocante.
Les deux durent trois jours, les deux gratuits, les deux mêlent fromage et animation. La différence tient peut-être à l’année, à l’organisateur, à une évolution du format. Ce qui compte, c’est que le bourg ne se repose pas sur un seul rendez-vous.
Il multiplie, teste, ajuste. C’est la vitalité d’un territoire qui refuse de devenir musée.
Entre les deux, vous ne vous tromperez pas. Le fromage AOP sera là, les orgues de barbarie aussi, le bal paysan quelque part. La question n’est pas laquelle choisir, mais combien de temps vous resterez.
Le Saint-Nectaire, il faut trois jours pour commencer à le comprendre. Un pour goûter, un pour revenir sur ses préférences, un pour acheter ce qu’on n’avait pas vu. Le bourg, lui, a compris depuis longtemps que la fête ne se décrète pas.
Elle se tient, année après année, au rythme des vêlages et des montées en estive.




